top of page

Le Poirier en fleurs - Le corps transmué 
Extrait de Quinze regards sur le corps livré

Analyse d'un extrait du Côté de Guermantes de Marcel Proust

   L’eucharistie met l’infini de grandeur dans l’infini de petitesse. Plus profondément que la seule idée de transsubstantiation, c’est cet abaissement du Sauveur qui nourrit l’émerveillement contemplatif et sa perpétuelle louange. Pas de divisibilité que l’Amour ne puisse atteindre, et vaincre, en lui offrant le retour à l’Un. Le désespoir, qui périt de solitude, se laissera-t-il ré-engendrer ? Le cœur de pierre renaîtra-t-il cœur de chair ? Pour lui, Christ fit toute la route, immense mouvement pour soulever, de si peu, notre infime poids ! Fallait-il que nous fussions aimés ! Osons dire : faut-il que nous soyons aimables, (nous que la lucidité couvre de honte !) aux yeux de celui qui nous créa !

L’image de ces deux extrêmes revient sans cesse dans l’Évangile, jusqu’à en paraître la rhétorique obligée : Premiers – Derniers, Roi – Serviteur, sénevé – montagne, denier – obole… Ce qui est vil aux yeux des hommes reçoit le nom au-dessus de tout nom. L’ambivalence sacrificielle (pré)voyait juste, mais c’était dans l’aveuglement de la haine : il faudra voir sur l’innocent la couronne d’épines, et la chlamyde, et le sceptre de bois, tout ce théâtre de la soldatesque au milieu du drame, pour que les choses de ce monde – ses fondations mêmes – s’éclairent enfin. Mais déjà un autre monde est en gestation, germe déjà la création nouvelle : la Cène vient d’anticiper sur la Croix, gage de notre future transmutation. Mangez, oui, vous, les pécheurs, mangez : ceci – le moindre – est mon corps – le plus grand ; car mon corps n’est pas seulement dans ces bornes que vous mesurez ; il est le temple nouveau, l’être [1] du Plérôme, la vigne aux myriades de sarments.

 

   Au plus loin de ces hautes considérations, le fait de payer très cher ce qu’on pourrait acheter pour presque rien est une pratique bien connue en ce monde. Les passions en fournissent tous les jours la preuve par l’absurde. Heureusement, les cuisinières avertissent leurs maîtres sans excessive précaution : « Qui du cul du chien s’amourose, il lui paraît une rose. », rappelle Françoise au narrateur de « La Recherche ». De cette tristesse, Proust fera lui-même un de ses sujets favoris. Il le développe, par exemple, dans quelques pages du « Côté de Guermantes » qui m’ont paru décisives pour mon sujet, tant le génie n’y peut s’empêcher d’aller à la vérité toute entière (Pléiade tome II pp 154-161). Voici d’abord l’erreur de l’amant, mise à nu avec férocité :

Entiché de sa nouvelle maîtresse, Saint-Loup veut la présenter au narrateur, qu’il emmène jusqu’au village de banlieue où elle habite. La première page peint le décor semi-rustique de ce bourg coupé de jardins, où fleurissent des arbres fruitiers. La deuxième commence ainsi :

« Jamais Robert ne me parla plus tendrement de son amie que pendant ce trajet. (…) seule, elle avait des racines dans son cœur. (…) Si on s’était demandé à quel prix il l’estimait, je crois qu’on n’eût jamais pu imaginer un prix assez élevé. » Encore que, sous l’effet de « la maladie générale appelée amour », il dût croire par moments qu’elle l’aimait, il était bien entendu assez lucide pour ne pas l’épouser, sachant qu’elle « vivrait à sa guise » dès qu’« elle n’aurait plus rien à attendre de lui. » En revanche, le voici tout prêt à épouser une héritière dans le seul dessein de pouvoir toujours combler sa maîtresse ! Il va s’endetter afin de lui offrir un collier, objet d’un chantage dont il est très conscient. C’est le pathétique des passions, que l’aveuglement y soit délibéré.

 

   Ah ! traîtresse, mon faible est étrange pour vous !

   Vous me trompez, sans doute, avec des mots si doux ;

 

   Puisqu’on sait qu’elle ment, quittons-la ! Impossible. Et dans le temps même de ses mensonges, Saint-Loup vante son « jugement merveilleux », assertion si déraisonnable que l’amant sauve aussitôt sa maîtresse d’un démenti probable et piteux : « devant toi elle n’osera peut-être pas beaucoup parler. » L’espoir d’une telle circonstance lui permet d’ajouter : « tu sais, elle dit des choses qu’on peut approfondir indéfiniment, elle a vraiment quelque chose de pythique ! »

Tant il est vrai que l’on donne du corps à ce que l’on sait être imaginaire dans l’amour, en en faisant la douce confidence. Si je peux le faire croire à cet ami, du moins le lui faire écouter, il me semble que c’est vrai, du moins tout le temps que je parle.

   Puis Saint-Loup laisse le narrateur à l’admiration des floraisons printanières (nouvelle digression descriptive), tandis qu’il va quérir l’immortelle bien-aimée, sur qui le ciel a répandu ses dons les plus précieux. « Tout à coup », apparition de l’objet adorable, précipité du haut des nues par sa triple condition : très connu, très banal, très ignoble.  « …dans cette femme je reconnus à l’instant « Rachel quand du Seigneur », celle qui (…) disait à la maquerelle : « Alors, demain soir, si vous avez besoin de moi pour quelqu’un, vous me ferez chercher. »

   Proust se garde bien de donner de l’ampleur à la déroute ; si peu que son ignominie fût exemplaire, Rachel en aurait encore quelque stature. L’enfer est vertical. Elle est infiniment plate. Suivent, pour clairement l’établir, une douzaine de lignes où son déshabillage professionnel est référé à l’usage médical de l’auscultation. Le narrateur est très conscient que le vrai contraire du « parfait amour » n’est pas la luxure, mais la gynécologie.

   Rachel valait vingt francs, le prix, j’imagine, d’une consultation. Rachel, pour qui Robert eût donné un million. Vingt francs. Rachel, qui valait « plus que tous les rois de la terre », qui devait être « d’une essence supérieure à tout », Rachel devenue pour Robert « un objet de souffrances infinies, ayant le prix même de l’existence », n’était pour moi qu’ « un jouet mécanique », « la chose la plus indifférente du monde ». Et l’évaluation quantifiée (réifiante, matérialisante) répète à loisir : « Je comprenais que ce qui m’avait paru ne pas valoir vingt francs quand cela m’avait été offert pour vingt francs dans la maison de passe où c’était seulement pour moi une femme désireuse de gagner vingt francs, peut valoir plus qu’un million, que toutes les situations enviées, plus même que toutes les tendresses de famille, si on a commencé par imaginer en elle un être mystérieux, curieux à connaître, difficile à saisir, à garder. » De cette femme qui, telle un machine bien agencée, « pour vingt francs ferait tout ce que je voudrais », s’absentait pour moi toute individualité ; sous ses regards et ses sourires, « je n’aurais pas eu la curiosité de chercher une personne. »

   Cette double, et contradictoire, évaluation, qui mène les hommes aux états et aux conduites les plus opposés, peut n’avoir été à l’origine qu’une (in)disposition aléatoire. Peut-être Rachel ne s’est-elle la première fois dérobée à Robert (s’octroyant par là, et éventuellement sans le savoir, plus de prix) que parce qu’elle avait ailleurs un rendez-vous, ou (Proust a dû hésiter devant la vulgarité) « quelque raison qui la rende plus difficile ce jour-là ». De ce hasard, devenu conscient, un jeu va naître : Rachel va raréfier l’offre, pour faire grandir la demande. Est-ce ainsi que, dans la mer de Chine, les papillons exploitent les vertus du chaos ? C’est ainsi, en tous cas, que les hommes vivent. Comme les autres cyclones, la passion croît mécaniquement. Hasard, puis nécessité.

   Curieusement, le narrateur va déployer la différence, si bien établie déjà, en des termes qui évoquent directement une expérience de physique, tandis que le dernier mot du paragraphe ré-oriente le lecteur dans une tout autre perspective, et jusque dans une nouvelle dimension :

   « L’immobilité de ce mince visage, comme celle d’une feuille de papier soumise aux colossales pressions de deux atmosphères, me semblait équilibrée par deux infinis qui venaient aboutir à elle sans se rencontrer, car elle les séparait. La regardant tous les deux, Robert et moi, nous ne la voyions pas du même côté du mystère. »

   “Mystère” ? Ce visage serait-il, quand même, un mystère ? Quant à la feuille de papier, elle figure, naturellement, l’éternelle perplexité de l’écrivain : va-t-il y inscrire la loi rigoureuse des passions, et donner ainsi une suite à la littérature romanesque du siècle précédent ? Va-t-il plutôt, revenant aux sources mystiques de l’écriture, approfondir le rêve romantique, maintenant débarrassé de ses narcissiques illusions ? Il y a deux fontaines où puiser son encre, comme il y a deux sources de la morale et de la religion.

   Mais il ne s’agit pas de choisir. La lucidité est nécessaire, et jamais trop impitoyable, pour désencombrer l’accès à la vraie profondeur. Or, cette profondeur – l’expérience esthétique ne cesse de nous en apporter la souveraine consolation – est d’essence spirituelle. La Beauté – redisons-le puisque Proust y revient si souvent – est le vrai chemin qui conduit à l’espérance. Cette espérance est celle du catholicisme de Combray, un catholicisme parfumé d’enfance, mais fondé sur le plus grand des mystères de la foi.

   Reprenons donc notre lecture. De quoi parlent ces paragraphes qui interrompent plusieurs fois, tantôt le récit, tantôt l’analyse ? Du printemps qui fleurit dans les vergers. Ils en parlent trois fois, et même quatre, si l’on considère que la page 157 en fait deux mentions notablement différentes. Toute la page 155, deux paragraphes de la page 157, et les vingt-cinq lignes de la péroraison, pp 160-161. C’est beaucoup pour une digression ; c’est juste ce qu’il faut pour une pensée.

   Car le contre-sujet est encore le sujet, joué seulement dans un autre registre, où les dissonances trouvent leur résolution, d’où le sens rayonne sur l’absurde, et la grâce du pardon sur le péché des hommes.

   Six lignes avant le récit de la promenade, le narrateur a été curieusement interpellé par un autre personnage de la Recherche : « … tâchez de vous rappeler quelquefois la parole du Christ : 'Faites cela, et vous vivrez.' Adieu, ami. » Aussitôt, on quitte Paris, où les arbres ont à peine un commencement de feuilles, et l’on s’arrête dans le village, émerveillés « par les immenses reposoirs blancs des arbres fruitiers en fleurs. » On aurait pu croire, sur les cerisiers, voir encore de la neige… « Mais les grands poiriers enveloppaient chaque maison, chaque modeste cour, d’une blancheur plus vaste, plus unie, plus éclatante, comme si tous les logis, tous les enclos du village fussent en train de faire, à la même date, leur première communion. » Un “horticulteur”, jardinier de sagesse, avait inscrit dans quelque « ancienne folie » XVIIIème pour « intendants et favorites » le dessin d’un immense verger. Partagés en grands quadrilatères, ils semblaient les chambres sans toit de quelque Palais du Soleil. « On voyait la lumière venir se jouer sur les espaliers comme sur les eaux printanières. » Au centre, devant la mairie, « en guise de mâts de cocagne et d’oriflammes, trois grands poiriers (…) comme pour une fête civique ».

   Puis Robert détaille sa passion, jusqu’à l’affaire du collier. Pour aller chercher Rachel, il abandonne un moment le narrateur, que d’autres perles éblouissent. Les fruitiers, « vides et inhabités hier encore comme une propriété qu’on n’a pas louée, (…) étaient subitement peuplés et embellis par ces nouvelles venues arrivées de la veille et dont à travers les grillages on apercevait les belles robes blanches au coin des allées. » Ce sont bien les fleurs, pourquoi en parle-t-il comme Maurice Denis peindra les anges ? Une confusion (intentionnelle, ou plutôt inspirée ?) précède et justifie la métaphore : les nouvelles venues sont les fleurs, mais les robes que tisse leur éclat multiplié habillent les arbres. Et qui peut-on imaginer, vêtu de blancheur, au temps de Pâques, debout dans un jardin strié d’allées, que des grillages séparent du monde des passants, et où l’on vient de louer une place vide ? Qui se dresse soudain, plus grand, plus vrai que les autres, « exact au rendez-vous (…) grand poirier blanc (…) comme un rideau de lumière matérialisée et palpable » ? Qui va venir à la rencontre de cet être lumineux, sinon la fille à vingt francs, Marie couche-toi-là devenue Marie-ne-me-touche-pas, de Magdala en Galilée ? Depuis les “reposoirs”, et « la première communion », l’air circule à la fois plus dense et plus pur d’une page à l’autre. Dans quel champ de transmutations sommes-nous entrés peu à peu, au long de ce récit à deux voix où le sens mystique promet sa propre, sa vraie lumière, à l’effrayante contradiction du million à vingt francs ! Perles du collier – Fleurs blanches du poirier, Horticulteur – Jardinier, Arbres des allées – Anges du cimetière, Enigme insupportable d’une personnalité – Mystère d’une présence insaisissable : « dans cette femme (…) dont la personnalité, mystérieusement enfermée comme dans un Tabernacle, était l’objet sur lequel travaillait sans cesse l’imagination de mon ami, qu’il sentait qu’il ne connaîtrait jamais, dont il se demandait ce qu’elle était en elle-même, derrière le voile des regards et de la chair – dans cette femme je reconnus à l’instant « Rachel quand du Seigneur ».

   Qu’enferme-t-on dans un Tabernacle ? Un sujet unique vu comme objet quelconque, mystère par excellence, modèle et agent des humaines transmutations. Lui et non plus ce pain ; non pas moi désormais, mais en moi, Lui-même.

   Saint-Loup voit Rachel comme vase d’élection d’une profondeur insondable et précieuse ; le narrateur voit se casser une cruche de la plus basse argile. C’est insupportable, car on sent que personne ne voit clair. D’une part, la passion n’a pas pour objet une illusion pure, puisqu’elle expérimente une grandeur qui ne peut sortir de rien ; et pourtant, cette femme est prostituée. D’autre part, comment Rachel ne serait-elle qu’une des « vulgaires poules » qu’elle est ? Ayant ainsi qualifié ses copines rencontrées à la gare, le narrateur change sa tonalité dix lignes plus bas : « pauvres petites poules » ; si la pitié peut les atteindre, c’est qu’on trouve plus, en ces âmes, que l’ombre portée du corps des pécheresses : l’humiliation, derrière la grimace ; quelque tristesse indicible, qu’elles n’ont même pas la force de sentir tous les jours ; la puissance d’être appelée par leur nom. « Marie ! », moi, l’invitée d’une adoration au-dessus des larmes, des cheveux, des parfums… « noli me tangere » ; élue de la première reconnaissance, du premier face-à-face avec le Sauveur ; témoin du Ressuscité quand il est encore dans l’allée de sa gloire. Affermé pour des contacts ignobles, et qui désormais ne touche plus, ce corps de Marie ne serait plus son corps ?

   Transmué, comme celui du Tabernacle, par celui du Tabernacle ? Seul, le mystère du Tabernacle fait entendre qu’il y ait un mystère en Rachel, puisque la transsubstantiation de l’une est l’objet final de la transsubstantiation de l’autre. Le corps de Jésus devient la substance du pain, pour que, restaurant de ce pain sa propre substance, le corps de la pécheresse soit changé en corps de sainteté. Alors, ce qui valait vingt francs devient sans prix (Robert a raison dans son délire !). Ce qu’on croyait valoir vingt francs, mais en quoi la compassion discernait une requête silencieuse, attend l’improbable rédemption qui soudain l’illuminera. La réalité de cette rédemption éclaire tout, annulant d’un trait les erreurs symétriques du million et des vingt francs. Qui donnerait à Rachel son prix véritable, dès lors que Rachel ne s’appartient plus ? On ne l’achète pas, puisqu’elle est rachetée ! Ce rachat annule le faux débat d’une cotation impossible. Elle n’est plus à vendre, elle est toute acquise ! Acquise à lui, changée en lui, chastement couverte de lui, comme on peut l’être d’un glorieux manteau ! Rachel, oui, mais Rachel quand du Seigneur ! Rachel au temps de son Seigneur ! « Rachel, quand du Seigneur la grâce tutélaire… »

 

   Ou n’est-ce pas plutôt le narrateur, gardé par les anges sur le chemin de la ville maudite, voyageur par un arbre blanc sauvé de Sodome et Gomorrhe brûlantes, ce même Marcel Proust, qui ne croit rien de son esprit sceptique, n’espère rien de sa chair triste, n’ose aimer, mais attend qui l’aimera ?

Et par quel chemin trouverait-il accès au jardin d’innocence, devenu jardin de résurrection, sinon par le chemin de la beauté, pour laquelle l’ermite du boulevard Haussmann a renoncé à tout, et d’abord aux illusions de la passion, dont la solide substance est intouchable, dans sa corporéité toute spirituelle ? Je crois pour de bon que ce mouvement est l’âme de toute la “Recherche”: aller des errements de la passion à la justice de la beauté, et de la justice de la beauté à la justification de la grâce ! Sauvé, parce qu’un arbre blanc a étendu sur lui ses rameaux. Et tout le reste est littérature…

 

   Non, je n’invente pas. Pardon seulement de dire avec mes paroles ce que le narrateur a senti, entrevu, espéré lui-même. Voici le chiffre que j’ai prétendu déchiffrer (mais fallait-il le faire ? Il est si clair !), voici la merveilleuse péroraison :

   « Ce n’était pas « Rachel quand du Seigneur » qui me semblait peu de chose, c’était la puissance de l’imagination humaine, l’illusion sur laquelle reposaient les douleurs de l’amour, que je trouvais grandes. Robert vit que j’avais l’air ému. Je détournai les yeux vers les poiriers et les cerisiers du jardin d’en face pour qu’il crût que c’était leur beauté qui me touchait. Et elle me touchait un peu de la même façon, elle mettait aussi près de moi de ces choses qu’on ne voit pas qu’avec ses yeux, mais qu’on sent dans son cœur. Ces arbustes que j’avais vus dans le jardin, en les prenant pour des dieux étrangers, ne m’étais-je pas trompé comme Madeleine quand, dans un autre jardin, un jour dont l’anniversaire allait bientôt venir, elle vit une forme humaine et « crut que c’était le jardinier » ? Gardiens des souvenirs de l’âge d’or, garants de la promesse que la réalité n’est pas ce qu’on croit, que la splendeur de la poésie, que l’éclat merveilleux de l’innocence peuvent y resplendir et pourront être la récompense que nous nous efforcerons de mériter, les grandes créatures blanches merveilleusement penchées au-dessus de l’ombre propice à la sieste, à la pêche, à la lecture, n’était-ce pas plutôt des anges ? J’échangeai quelques mots avec la maîtresse de Saint-Loup. Nous coupâmes par le village. Les maisons en étaient sordides. Mais à côté des plus misérables, de celles qui avaient l’air d’avoir été brûlées par une pluie de salpêtre, un mystérieux voyageur, arrêté pour un jour dans la cité maudite, un ange resplendissant se tenait debout, étendant largement sur elle l’éblouissante protection de ses ailes d’innocence : c’était un poirier en fleurs. »

 

 

[1] Saint Paul dit la Tête, ou le Chef. Mais les membres ne lui sont pas seulement adjoints par obéissance. Dans la créature nouvelle, ils en procèdent. Les boulangers que j’ai connus autrefois faisaient, avant la pâte, le levain ; et avant le levain, ils faisaient « le chef », qui allait être le levain du levain. L’expression où ce mot est ici usité en dit bien la plénitude. Elle évoque un ferment ontologique, et non le pouvoir d’un extrinsèque commandement.

 

bottom of page