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Témoignage sur Pierre Gardeil

Philippe Portal
Ancien Sous-Préfet du Gers

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Quand Jean-François Gardeil m'a sollicité pour lui remettre un témoignage sur son père, je fus, dois-je l'avouer ?, un peu désorienté. J’avais l’impression de devoir non seulement décrire l’homme, et sa personnalité , que chacun connaissait à Lectoure et alentours, mais aussi juger le penseur et le croyant - J’ai fait le choix de partager quelques épisodes qui, je l’espère, permettront de mieux appréhender l’homme.
 

Revenons en arrière - presque trente ans ! Nous venions de nous installer à la sous-préfecture de Condom et cherchions à connaitre et comprendre ce bel arrondissement. Le premier à m'avoir parlé de Pierre fut un drôle de paroissien : Robert Castaing, sénateur-maire (socialiste) de Lectoure. Nous étions à une époque où ce titre pesait de tout son poids. En 1996 en effet, un sénateur du Gers avait certainement autant de prestige qu'en 1896 ! Et un maire de Lectoure semblait pour ses administrés réunir le souvenir des comtes d’Armagnac au courage du duc de Montebello…Tout cela se passait en effet à l’époque révolue du cumul des mandats. Ajoutez à ce portrait une dernière touche : notre sénateur-maire était agrégé d'histoire.  Que voulez vous exiger de plus pour en faire l’interlocuteur privilégié d’un jeune sous-préfet, certes, inexpérimenté mais néanmoins tout disposé à apprendre son métier et à comprendre le territoire où il l’exerçait ?

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Représentez vous la scène : nous voilà donc, cheminant dans les rues de Lectoure en avril 1996. Deux siècles avant nous, débutait la fabuleuse campagne d'Italie qui devait conduire un Corse à l'empire et un Gascon au maréchalat (honneur doublé d’une statue de marbre) - et devait voir son nom attribué au lycée de Lectoure (lycée public évidemment).  Et le bon Monsieur Castaing de m'expliquer la coexistence dans sa commune de deux lycées - les deux meilleurs du Gers - : au côté du " maréchal Lannes " existait également un lycée Saint Jean fondé par l'abbé de Lartigue - un ecclésiastique cultivé - et un certain Pierre Gardeil  - comment définir ce personnage ? Pour le sénateur-maire, la formule vint spontanément : « un intellectuel catholique ». Et quelle meilleure définition pouvait-on trouver pour Pierre Gardeil?
 

Comme les pérégrinations du fondateur de saint Jean ne le menaient guère dans les réunions préfectorales, il m’était impossible de mettre un visage sur le personnage. Il fallut que je lui propose, sous un prétexte quelconque, un rendez-vous un vendredi en début d’après-midi.

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Hélas, au jour dit, point de Pierre dans le bureau du sous-préfet ! Aucun téléphone portable à cet âge reculé… Et mon assistante ne put retrouver sa trace. Etonnement et déception de ma part. Le bon chrétien était il un ours ?

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Heureuse surprise, le lendemain samedi, Pierre Gardeil se présenta en sous-préfecture à 14h30. Le jeune père que j’étais alors (et dont les enfants ne dormaient guère) était épuisé par une nuit difficile, et essaya tant bien que mal de tenir une conversation malgré des paupières bien lourdes. Mon interlocuteur dut me trouver un peu décevant - mais le charme du petit salon qui donnait sur le parc a peut-être compensé cela …Manifestement la bienveillance se trouvait au coeur de la personnalité de Pierre. 

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Ce fut ensuite un bonheur constant de nous rencontrer régulièrement avec Simone et Catherine (nos épouses) et tirer parti de ces échanges qui alliaient le propos de table au discours magistral, passant de l'anecdote familière à la confidence ou à la démonstration.

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Jamais d’ennui autour du confit de canard. Il pouvait nous parler de tout : les loisirs et l’éducation d’un enfant du Sud-Ouest pendant la guerre, la présence de l’Eucharistie dans la littérature française, les évolutions du clergé depuis 1965 en France comme ailleurs dans le monde, les théories de René Girard, la vie politique locale, la beauté des montagnes du Valais… la liste de ces centres d’intérêt ne peut être dressée !. J’entends encore sa voix puissante et chaleureuse qui apportait humanité et chaleur à ses propos. 

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Tout cela illustrait une idée qui je pense, se trouvait au coeur de son esprit : la foi est inséparable de la culture car la Foi repose autant sur la raison que sur l’émotion. C’est pourquoi la musique est complémentaire de la philosophie et de la liturgie.

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Un soir, à l’heure où l’armagnac achève de délier les langues, Pierre nous fit un aveu.  Il avait passionnément accompli sa mission d’enseignant mais avec un regret : avoir toujours enseigné à des jeunes, et ne jamais avoir formé leurs mères, pères ou grand-parents, qui étaient parfois plus avides de connaissances que leur progéniture lycéenne…
 

Mon épouse et son amie Aymone invitèrent immédiatement Pierre à donner des conférences à la sous-préfecture. Ils furent bientôt plus de quarante à venir chaque mois l’entendre présenter La Fontaine, Mauriac et bien d’autres jusqu’à … Sartre et sa relation étouffée à la Foi. D’autres conférenciers furent invités, ce furent de très beaux souvenirs pour tous.

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Pierre avait compris, chose plutôt rare en France, que l’éducation ne se limitait pas à l’acquisition de savoirs techniques mais devait intégrer une réelle ouverture vers le beau et en particulier par le canal de la musique. C’est pourquoi il avait engagé les lycéens dans la représentation d’oeuvre majeures du répertoire classique. Quand les anciens élèves de l’ENA émirent le voeu de visiter le Gers, une soirée fut organisée à Lectoure,. L’oeuvre choisie cette année là était l’Orfeo de Monterverdi….Ils purent ainsi comprendre que grâce à des hommes comme Pierre Gardeil, en Gascogne, le bonheur ne se limite pas aux prés - la qualité des décors et des costumes ainsi que la justesse de la mise en scène rejoignaient la qualité des voix pour réaliser une réussite totale.
 

Bien sûr, il nous fallut un jour quitter le Gers mais Bourgogne rimant avec Gascogne, nous nous retrouvâmes dans l’Yonne. Pierre et Simone étaient restés fidèles, ils s’arrêtaient à Auxerre lors de leurs pèlerinages qui les conduisaient en Suisse et en Normandie. Nous  fîmes le choix de passer nos vacances dans le Gers et nous les retrouvions ainsi chaque été avec plaisir. 

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Ils ont ainsi pu faire peu à peu connaissance avec nos enfants qui grandissaient en force et en sagesse, ces derniers se rappellent des contes et récits de Gascogne après le dîner (ah, cette mystérieuse princesse Ghika!), les goûters agrémentés par les fables de La Fontaine, le film Yvanhoé, et le mini tour de France comme si nous y étions… qui mettaient en joie Pierre qui retrouvait une âme d’enfants au milieu de nos petits garçons.

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Tout cela aurait il été possible si Pierre Gardeil n’avait pas réuni trois qualités qui sont déjà rares quand elles sont séparées mais qui sont encore moins fréquentes réunies : le talent du pédagogue, la science du savant et le souci de l’homme - il était l’opposé d’un narcissique mais avait une nature profondément chrétienne, c’est-à-dire tournée vers l’homme et vers Dieu.

C’est aussi cela qu’il a su nous transmettre par les actes et par la parole : la Foi.

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